Exposition : Eric Bergevin présente Latence

LATENCE

par Eric Bergevin


Exposition :
du 12 novembre au 30 novembre 2022

Finissage : le mardi 29 novembre, de 17h à 19h

3819, av Calixa-Lavallée, Montréal, Qc, H2L 3A7

514-523-3316

Ouvert du lundi au jeudi de 10h à 22h,
du vendredi au samedi de 9h à 19h,
le dimanche de 9h à 17h.


Ce projet d’exposition est le résultat de mes deux dernières années de pratique photographique où je suis retourné à l’utilisation de la pellicule photo et à sa propriété spécifique d’enregistrement de la lumière et du temps.

Durant la période de confinement et après, j’ai senti le besoin de me libérer des pixels et des écrans qui révèlent immédiatement les images. Cette démarche m’a permis de mieux regarder et me concentrer pour exprimer une vision plus posée et toute personnelle sur l’espace qui m’entoure et sur la place que j’y occupe. J’utilise l’appareil photo comme un filet à lumière ou je capte les reflets ou une percée de soleil à la recherche d’une luminosité particulière avec une intention de laisser la place au hasard et à la rencontre de lieux, de couleurs et de formes.

Eric Bergevin Latence Galerie Art neuf

Les images se révèlent après coup et c’est ici que s’inscrit l’idée de latence. Le sens, le début d’une histoire ou d’une série, des émotions alors s’imposent et nous font découvrir l’état mental de l’auteur. La pellicule photographique agit comme l’inconscient qui reçoit des stimulations de toute part et accumule sur sa surface sensible l’addition de celles-ci. Les couleurs vives et saturées traduisent l’abondance d’informations et la sur-stimulation qui caractérisent bien notre époque. Les autoportraits illustrent le parcours que fait le photographe, est-ce ses rêves, des souvenirs enfouis ou un accès à son imaginaire?

Les surimpressions montrent comment chaque image tend à s’imprimer sur la mémoire en laissant une trace, alors que notre nouvelle façon de consommer l’image, en les glissant avec nos doigts sur nos écrans, chasse une image par une autre, en l’effaçant du même coup.

Plusieurs images de la série ont été produites dans le parc Lafontaine et dans les rues avoisinantes. Le parc a eu une fonction vitale lors de la période de confinement et c’est ici que j’ai débuté cette série.

Eric Bergevin Latence Galerie Art neuf

À propos de la démarche artistique de l’artiste

Dans mon travail photographique,  j’aime intervenir dans la période de latence de l’image. Lorsque celle-ci n’est pas encore révélée, mais capturée sur un support sensible.

Le tout numérique a éliminé  ce temps, d’où ce projet en pellicule argentique qui permet le retour à l’attente, la surprise, l’aléatoire, une forme de résistance  à l’immédiateté et le tout contrôle du numérique. À cela, s’ajoute l’envie de jouer littéralement avec deux espaces-temps, en leur permettant de se rencontrer sur la pellicule. Le hasard fait alors partie prenante de la démarche et la surprise des rencontres graphiques devient à chaque fois un plaisir de découverte, une recréation des lieux par le choix final des palimpsestes. Pour celui qui reçoit ces images, comment ne pas penser aussi au voyageur ou au déplacé de notre époque, celui qui s’abreuve sans cesse de nouveaux lieux tout en transportant avec lui ses propres images, son chez-soi, son identité?

Eric Bergevin Latence Galerie Art neuf

Une autre constance de ma démarche est de travailler souvent avec des pellicules périmées. C’est une autre façon de marquer le passage du temps . Comme un corps qui vieillit, les pellicules perdent tranquillement leur lustre et se voilent partiellement. Elles gardent leur sensibilité, mais les contrastes et les couleurs s’amenuisent. L’esthétisme qui s’en dégage présente un univers habité par le passé et la mémoire et qu’il y a quelque chose qui s’est brisé.

Finalement, à la manière du dripping,  j’ajoute une touche de lumière sur les photos en ouvrant intentionnellement partiellement l’appareil photo après la prise de vue. Cette entrée de lumière voile le film aléatoirement et trouble l’image en présentant des stries lumineuses qui ne passent pas par l’objectif qui nous rappelle que : il y a une fissure, une fissure dans tout. C’est comme ça que la lumière entre. -Leonard Cohen